Le rôle de l’énergie dans la réindustrialisation américaine

Depuis que les Etats-Unis ont décidé d’exploiter massivement les gaz et pétrole de schiste sur leur territoire à la fin des années 2000, de nombreuses études d’impacts ont présenté des résultats contradictoires sur les conséquences économiques de cette réorientation énergétique. Force est de constater que les gaz de schiste ont conduit à un bouleversement du paysage énergétique américain, entraînant des conséquences économiques indéniables tout en renforçant l’indépendance énergétique des Etats-Unis.

Une compétitivité-prix de l’énergie exacerbée et la réorientation du mix de production électrique

L’exploitation des gaz et pétrole de schiste aux Etats-Unis a débuté de façon significative à partir de 2007 2008, dans un contexte de crise économique et de sommets des prix internationaux du pétrole, et elle a pris sa pleine expansion au moment de la catastrophe de Fukushima en 2011. En exploitant une nouvelle forme d’énergie, les Américains sont parvenus à accroître leur indépendance énergétique tout en ayant à disposition une quantité massive d’énergie bon marché.

En ce sens, la chute des prix du gaz naturel aux Etats-Unis est spectaculaire : après le pic enregistré en 2008, le prix du gaz américain s’établit à moins de 4 $/MBtu depuis environ quatre ans (de mi-2010 à aujourd’hui). Le gaz américain est ainsi trois fois moins cher que le gaz européen (aux alentours de 12$ début 2014) et quatre fois moins cher qu’en Corée du Sud ou au Japon (15$ environ en 2014). Le choc d’offre de gaz aux Etats-Unis, lié à l’exploitation des gaz de schiste, a donc incontestablement entraîné une forte baisse de son prix.

Ces gisements de gaz ont permis aux industries directement consommatrices de cette énergie d’accroître leur compétitivité-prix, mais ce gaz a également donné lieu à une réorientation du mix de production électrique américain. En effet, avec un prix du gaz faible, les coûts variables de production des centrales à gaz pour la production d’électricité a considérablement chuté, rendant cette source de production d’électricité très compétitive, au détriment des autres sources traditionnelles, principalement du charbon (voir graphique ci-dessous). Cela a eu pour conséquence la fermeture de plusieurs centrales au charbon sur le territoire américain depuis le début de la décennie 2010.

Cette substitution du charbon par le gaz comme source de production d’électricité aux Etats-Unis a entraîné une chute drastique du prix du charbon, ce qui a favorisé son importation massive par l’Europe et l’Asie en particulier.

Conséquences positives pour le dynamisme économique américain

Bien qu’une étude complète et approfondie soit nécessaire pour mesurer l’impact des gaz de schiste sur l’économie américaine [1], on peut constater que la période d’extraction des énergies fossiles de schiste coïncide avec une période de reprise économique aux Etats-Unis, contrairement aux autres grandes puissances économiques européennes :

Le taux de croissance moyen du PIB américain sur la période post-crise (2010 à 2013) s’est ainsi élevé à près de 2 % avec en parallèle une baisse du taux de chômage dans le secteur industriel de 8 % en 2012 à 6,5 % début 2014 ; tandis que le taux de croissance économique moyen s’est établi à 1 % pour la France et à 1,5 % pour l’Allemagne sur la période 2010-2013.

En termes sectoriels, c’est la production industrielle de biens durables qui semble avoir le plus bénéficié d’un regain d’activité économique outre-Atlantique, en particulier en ce qui concerne l’industrie automobile. On peut également attester d’un lien de causalité fort entre exploitation des gaz de schiste aux Etats-Unis et relance de la production des entreprises du secteur électrique et gazier et de la production industrielle des machines d’extraction d’énergie fossile (gaz et pétrole).

Enfin, la disponibilité d’une énergie primaire à moindre coût sur le territoire américain a sans doute également permis à un grand nombre d’industries d’alléger leur facture d’énergie, tout en favorisant la compétitivité du territoire américain par rapport à d’autres pays, ce qui a pu inciter au retour d’entreprises délocalisées et permis au secteur de la chimie de stopper son déclin.
L’impact de l’exploitation des gaz et pétrole de schiste aux Etats-Unis a indéniablement stimulé l’activité industrielle outre-Atlantique, dans un contexte de morosité économique parmi les autres puissances économiques mondiales, en particulier en Europe. Ce dynamisme irait au-delà du secteur énergétique seul, puisqu’une énergie peu chère constitue un avantage compétitif majeur pour bon nombre d’industries, en particulier pour les industries énergivores.

Au-delà de cet aspect économique, les Etats-Unis ont aussi pu conforter leur position en termes d’indépendance énergétique par un moindre recours aux importations d’énergie, à l’inverse de l’Union européenne, celle-ci étant en outre confrontée aux tensions actuelles en Ukraine et aux risques potentiels sur son approvisionnement en gaz depuis la Russie. Les experts estiment ainsi que les Etats-Unis se classent désormais dans les premiers pays au monde en termes d’indépendance énergétique.

Notes

[1D’autres éléments non énergétiques ont en effet pu concourir à la reprise économique américaine, notamment la hausse du coût du travail en Chine qui a rendu la main-d’œuvre chinoise moins compétitive.